Blue Sky

Disneyland ou l’Exposition permanente

Beaucoup pensent que tout a commencé dans un parc d’attractions du Los Angeles des années 1930. Il n’y a pas, soyons en sûr, d’accord universel sur l’origine même du concept de Disneyland. La Walt Disney Comapny, dans une histoire sciemment entretenue, raconte que l’idée naquit dans l’esprit de Walt Disney au cours d’une sortie en famille où la lassitude et l’ennuie avaient envahi Disney, alors à la recherche de distractions pour toute la famille.

Bien plus que l’inspiration d’une foire en particulier, c’est l’expérience même des « expos », qu’elles soient universelles, internationales ou même locales, avec leurs divertissements et leurs foules disciplinées, qui donnèrent à Disney ses moyens d’action. Tout au long de l’histoire américaine, les expositions ont fourni à leurs visiteurs une illustration d’un mode de vie plus confortable, en même temps que des paysages paradisiaques. Les foires et les expositions ont modelé les rêves de fantaisie et les attentes de plusieurs générations d’américains. Elles influencèrent durablement les aspirations nationales quant à la fonction sociale des espaces publics tout en participant à la création de toute une série d’institutions culturelles, de musées et parcs à thèmes.

Les contemporains acceptaient bien volontiers la signification particulière de ces évènements aux huits fonctions essentielles : exhibition technologique, foire commerciale, salon des beaux-arts, exposition d’architecture, plan d’urbanisme, vitrine de la politique gouvernementale, réunion des nations, fête populaire. Une autre vision du monde, idéalisée, comme dans le Quai des Nations à Paris en 1900, y dominait. Lors de l’exposition de Philadelphie en 1876, le Harper’s Weekly déclara qu’aucun acte du peuple américain, à l’exception de ses guerres victorieuses, ne donna à ce pays une place si importante dans le concert des nations que celle fournie par cette foire. Pour d’autre, les foires internationales constituaient un moment clé, un apogée jamais atteint, dans l’histoire de la civilisation américaine et occidentale, annonçant l’arrivée d’une nouvelle ère. Nous pouvons, d’une certaine manière, affirmer que les expositions façonnèrent notre monde moderne, la foi dans le progrès, et la volonté de vivre en harmonie, de découvrir l’autre.

Exposition universelle de Chicago en 1893.

Vénérés aujourd’hui de la même manière par des millions d’américains, les parcs Disney ont été à l’origine de critiques semblables. Un voyage dans cet univers ne peut en effet que provoquer des commentaires. L’excitement et les mythes créés par les foires ont été le creuset où s’est formé tout une nouvelle culture reprise par Disney. Les grandes expositions de notre ère ne sont pas le produit d’une idée immaculée. Les foires tirent leur tradition à la fois dans les anciens marchés médiévaux mais aussi dans une volonté ancienne d’attribuer un rôle récréatif à un espace, lieu de détente pour des populations citadines.

L’un des premiers exemples en la matière est le jardin de Vauxhall ouvert en 1660 à Londres. Rénové et rebaptisé au cours des siècles, ce jardin qui a attiré de nombreuses personnalités dont Samuel Pepys, Tobias Smollett, Charles Dickens ou W.M. Thackeray constitue d’une certaine manière un ancêtre de nos parcs à thèmes. Des allées labyrinthiques remplies de restaurants et boutiques, de statues et d’un décor floral, de reproductions d’antiquités. Vauxhall fut aussi le lieu de bals, de feux d’artifice et de fêtes. Mais tout au long de ces siècles, des critiques clamèrent que Vauxhall était le lieu central du vice et de la perdition sociale. Pourtant un aspect précis de l’atmosphère de ses jardins résidait dans l’environnement contrôlé qui était créé, offrant aux visiteurs rencontres et découvertes faussement improvisées. Bien plus tard, les parcs d’attractions se bâtiront sur ces mêmes traditions et connaitront les mêmes critiques.

Lieu de détente mais liaison politique aussi. Certains historiens ont affirmé que les jardins de Vauxhall remplirent un rôle politique en devenant au 18ème siècle le repère des antiroyalistes et des mécontents de la politique gouvernementale, en devenant aussi le lieu de la découverte et du plaisir en dehors de toute hiérarchie sociale ou contrainte politique, un monde à part en somme . A sa manière, Disneyland continue cette tradition : inauguré dans une période de marasme pour l’Amérique, le parc offrait à ses visiteurs un hymne rassurant aux valeurs traditionnelles de l’Amérique, en-dehors de toute actualité politique ou même de contraintes sociales. A Disneyland, les codes sociaux du monde extérieur ne sont plus en état de fonctionner de la même façon.

Les Etats-Unis ont parsemé le pays de leurs propre Vauxhall, notamment dans les grandes villes côtières. L’importance des parcs récréatifs, ouvert à tous, s’explique par la volonté historique d’architectes et de décideurs politiques. Les parcs américains étaient présentés comme un moyen de prendre la température de la population tout en véhiculant des valeurs fondamentales. Surtout, ils étaient un antidote, un échappatoire à la congestion urbaine et à l’anonymat des villes, un endroit où redécouvrir l’autre. En ce sens, les parcs avaient vocation à devenir de vraies mini-villes. Dans la lignée de ce qu’ont été les golfs, les labyrinthes, les zoos, les nouveaux parcs à thèmes devenaient le lieu de l’échange et du rapport humain, de l’ouverture culturelle et du plaisir moderne, technologique.

 

Le Quai des Nations à Paris, en 1900. Un prélude à EPCOT ?

Nul ne peut alors en douter : les expositions furent bien une source d’inspiration fondamentale pour Disneyland. A la fois lieu des mouvements de masse, de la maximalisation des rapports sociaux, manifeste sur le futur, retour aux origines passées, découverte du temps présent, Disneyland constitue bien à sa manière une exposition internationale permanente et universelle.

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Projet Euro Disney Resort

La vidéothèque du site s’enrichie chaque jours un peu plus. La dernière vidéo mise en ligne est un véritable trésor: voici une présentation sur maquette du projet Euro Disney réalisée pour le grand public. Nostalgie assurée.

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Projet Euro Disney
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J.Dutil
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Wienie

Wienie (ou Weenie) : Elément visuel utilisé pour guider les guests dans et autour d’un espace. Cet élément doit être assez haut pour être vu de loin et suffisamment intriguant ou familier pour attirer le visiteur. Les wienies sont des objets fondamentaux de l’organisation spatiale et thématique des parcs Disney dans le sens où ils apportent chacun des éléments de structuration.

 


Le Château de la Belle au bois dormant, Spaceship earth, Big thunder mountain, Tree of life,
Hollywood tower hotel, Mount Prometheus, etc. Autant de symboles Disney qu’il est inutile de présenter pour le commun des connaisseurs. Plus qu’un symbole, un monument. Et ce n’est pas par erreur que chacun d’entre eux est le symbole du parc qui l’abrite… 

L’architecture du réconfort

Le concept du wienie repose sur l’idée de la carotte qui fait avancer l’âne (le terme wienie – saucisse - vient de la passion dévorante de Walt Disney pour les hot-dogs qui estimait qu’agiter un hot-dog devant son nez suffirait à le faire avancer). Dans un cadre nouveau et en l’absence de repères, le visiteur se laisse guider à la vue d’un tel monument qui l’invite à pénétrer plus en profondeur et à se laisser happer par l’architecture et l’ambiance des lieux. Karal Ann Marling, dans son ouvrage Designing Disney’s theme park : The architecture of reassurance (2004), tend à montrer comment l’architecture joue un rôle réconfortant sur le visiteur, tout en s’appuyant des éléments visuels frappants et familiers.

La construction de Disneyland intervient en effet dans un contexte très instable aux Etats-Unis. Déconcertés par le monde de l’après-guerre, les américains semblaient chercher une alternative rassurante à l’étalement suburbain et à la dégradation urbaine. L’une des réponses sera les suburbs, ces banlieues suburbaines chics pour classe moyenne supérieure revenant à la conception populaire de la ville moyenne américaine, jonglant entre propriétarisme, traditionalisme et communautarisme.

A Disneyland, l’idée prédominante est d’éviter le conceptualisme et l’extravagance afin de se recentrer sur quelque chose de plus traditionnel, de plus familier, permettant aux visiteurs de se bâtir des repères et de se sentir « rassuré ». Cela se traduit par un ensemble de clichés thématiques et architecturaux qui semblent montrer aux visiteurs le monde tel qu’ils voudraient le voir. La volonté sous-jacente étant de se recentrer sur les valeurs traditionnelles et la mémoire collective si chères au peuple américain, le fameux American way of life. Selon John Hench (Designing Disney : Imagineering and the art of the show, 2003), les imaginieurs utilisent « des formes archétypales pour dessiner un wienie ; des formes qui sont associées depuis des siècles à  une certaine forme d’action. » Le but de la manœuvre est de fournir aux visiteurs des éléments qui semblent dire « Il se passe quelque chose par ici, approche, tu vas adorer ça ! »

La monumentalité dans les parcs Disney

Le génie de Walt Disney et de ses équipes est d’avoir su s’approprier les codes d’organisation spatiale urbaine et les appliquer dans le cadre commercio-ludique du parc à thèmes. Car Disneyland présente tous les éléments structurants de la ville moderne : une centre (le hub), des périphéries (les lands), des sous-ensembles, des grands axes (Main Street entre autres), la superposition des moyens de transport (pédestre, Disneyland Railroad, peoplemover), des lieux de rassemblement, des zones commerciales, etc. Le tout étant d’allier les fonctions ludiques du parc avec un cadre de vie de qualité, poussant, cela va sans dire, à rester et à consommer.

Mais l’élément qui frappe le plus est l’aspect monumental de Disneyland, qui se traduit comme l’expression de  son identité, de son image et de son prestige. Cela se solde par la construction d’édifices symboliques et prestigieux, affirmant l’identité de l’espace dans lequel il est situé. Le but étant de structurer l’espace alentour dans un rapport dominant-dominé, résultant d’une certaine interdépendance thématique. Prenons l’exemple de Frontierland à Disneyland Paris. Le wienie en présence est, bien entendu, Big thunder mountain - et dans une moindre mesure, Phantom manor. D’un point de vue thématique, Big thunder mountain est le centre névralgique du land, sous-entendu la ville de Thunder Mesa, tandis que vu depuis le hub, la montagne invite le visiteur à s’aventurer plus loin et à découvrir les environs. En retour, le guest associera Frontierland à Big thunder mountain et balisera son parcours de repères pris en fonction.

Toute la puissance du wienie résulte dans l’art de la mise en scène, directement inspirée des techniques cinématiques. Que ce soit un effet de perspective forcée, le concept du plan large ou de la superposition des plans, chaque élément environnant est mis en scène de façon méticuleuse. L’exemple le plus significatif étant le Château de la Belle au bois dormant (ou de Cendrillon), incroyablement mis en valeur par la perspective offerte depuis Main Street. La monumentalité du lieu ne fait pas débat et rappelle, de façon à peine déguisée, le schéma « prestige » à l’européenne rendu célèbre par des lieux comme les Champs Elysées et l’arc de Triomphe ou encore le château de Versailles. L’analogie avec la Place de l’Etoile à Paris, par exemple, est inévitable : Une grande avenue commerçante débouchant sur un monument situé au milieu d’une place centrale selon un modèle radial.

Le wienie, symbole marketing

Mais le wienie n’a pas qu’une vocation structurale. Comme tout monument, il est aussi le symbole de l’espace qui l’abrite, dans le sens où il permet une identification instantanée du lieu. Beaucoup de visiteurs associeront Epcot à Spaceship Earth, les Walt Disney Studios à la Tour de la Terreur, Discoveryland à Space mountain ; et cette association ne se fait pas seulement sur la base de la qualité des attractions en présence. Dans l’imaginaire collectif, le Château de la Belle au bois dormant est le symbole de Disneyland, au point d’en devenir une représentation marketing incontournable.

A bien des égards, le wienie tel qu’il est considéré chez Disney se rapproche de la conception européenne du monument. Si Walt Disney Imagineering essaye de mettre en valeur son aspect structurant et symbolique, il n’en devient pas moins un puissant outil commercial. Le tout étant que le wienie s’inscrive dans un rapport de familiarité et d’attraction avec le visiteur. En une journée, un guest n’a pas le temps nécessaire pour s’approprier des lieux étrangers mais cela se facilite s’il est déjà familier avec les principaux lieux du parc.

Le wienie se définit finalement par sa puissance architecturale et symbolique qui entraîne le visiteur à se l’approprier, à s’approcher et à se construire des repères visuels et thématiques balisant son parcours au parc.

Kevin H.

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Blue sky

Blue sky : Premier stade du processus créatif durant lequel tout est possible. Il n’y existe ni contraintes, ni considérations techniques, ni restrictions budgétaires. À cet instant, on dit que le ciel est la seule limite.

 
A quoi pouvait-il penser?

À l’origine de chaque  projet, il y a une idée ; et derrière chaque idée, une étincelle. L’ambition de la création est de faire germer cette idée, de la faire mûrir, de la développer jusqu’à ce qu’elle arrive à maturité ; jusqu’à ce que l’étincelle par qui tout à commencé se métamorphose en un feu ardent bouillonnant de possibilités. 

Mais une idée n’apparaît pas seule. En partant d’un concept ou d’un thème, l’idée grandit, se développe, au rythme de l’imagination des imaginieurs. Tel est le but du blue sky process ; cette étape fondamentale dans l’élaboration d’un projet. C’est en effet durant  cette étape que la rêverie prend forme et s’enrichit. À cet instant, aucune contrainte n’est imposée. Tout est envisageable. Même si une idée ne convient pas, elle conduira forcément à une autre, et ainsi de suite ; aucune piste ne devant ainsi être ignorée ou passée sous silence. À l’aide d’imagination, tout devient possible. Comme le dit l’expression : « the blue sky is the limit » (le ciel est la seule limite).

Le maître mot du blue sky process est l’imagination. Derrière chaque projet, se cache en effet la vision d’un ou plusieurs imaginieurs qui, par enchevêtrement d’idées, en ont défini sa forme. En ce sens, on associe souvent le blue sky à une forme de brainstorming (remue-méninges), une réunion qui vise à développer un concept en permettant à chacun de s’exprimer sans jugement et de partager sa vision des choses. On est en effet plus créatif à plusieurs que seul! Chacun complétant la vision de l’autre. Le résultat en est une banque d’idées exploitables pour la suite.

À Walt Disney Imagineering, on se plait à dire que chaque imaginieur peut participer au blue sky. En effet, lorsqu’ils ne sont pas accaparés par un projet en cours, les imaginieurs se rendent souvent dans un lieu appelé Blue Sky Studio (actuellement dirigé par Jon Georges). Il s’agit d’un espace ouvert, où trônent des témoignages des travaux passés (artworks, maquettes, etc.), consacré à l’élaboration d’idées pour un nouveau projet. On estime ainsi qu’une cinquantaine de personnes participent à ce processus. Comme aime le dire Eric Jacosbon, (vice-président du développement créatif) cela créé « un arsenal de choses où piocher, un chaudron à idée ».

Dans la tradition Disney, on prête énormément d’importance à l’imagination et on se flatte du chemin créatif parcouru entre l’apparition d’une idée et la concrétisation d’un projet. Mais les pistes élaborées durant le blue sky process diffèrent bien souvent du résultat final, parfois à cause de restrictions budgétaires, parfois à cause de considérations techniques.  Parfois même, le projet n’aboutit pas comme dans 99% des cas. Néanmoins, toutes les propositions sont soigneusement mise en page et archivées, au cas où…

L’un des derniers gros chantiers de Walt Disney Imagineering, l’adaptation en attraction du film « Le Monde de Némo », fit émerger une multitude de pistes au Blue Sky Studio, parmi lesquelles un film 3-D, un simulateur, un dark-ride ou encore un ride subaquatique. Au final, cela déboucha sur la réhabilitation des attractions Submarine voyage, à Disneyland, et Living with the sea, à Epcot, où l’histoire fût remodelée afin d’y introduire les héros du film d’animation des studios Pixar. Pas la moindre trace de simulateur donc, mais, après tout, Pirates des Caraïbes n’était-il pas destiné à l’origine à n’héberger qu’un simple musée de cire?

Kevin H.

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